Plus vite, plus simple, plus buzz ?

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Mieux vaut courir ou partir à point? (illustration Pixabay)

Nous nous posons beaucoup de questions. Heureusement, serait-on tenté d’écrire.

Nous sommes tous convaincus qu’il faut s’adapter aux nouveaux modes de consommation de l’information. Si les jeunes regardent plus leur smartphone que la télévision traditionnelle, c’est sur ce support que nous devons leur proposer nos contenus. Et ces contenus doivent être adaptés au support, cela paraît logique. Quand la radio fut inventée, personne n’aurait eu l’idée d’y lire le journal sans en changer une ligne. De même, on ne peut pas diffuser sur Internet des reportages tels qu’on les propose dans l’Actu, notre journal télévisé. Il faut donc changer, évoluer, s’adapter.

Changer sans se perdre, changer sans privilégier la facilité, le spectacle, le buzz, changer mais en restant nous-mêmes, voilà un sacré défi qui soulève donc pas mal de questions. Un seul article ne sera certainement pas suffisant pour en faire le tour. Nous en soulevons d’ailleurs de nouvelles toutes les semaines… Allez, on se lance :

Les nouvelles technologies conduisent-elles à un appauvrissement des contenus ?

Vaste débat qui n’est certes pas neuf mais qui angoisse bon nombre de journalistes et pas seulement les plus anciens d’entre nous.

Résumons. Les développements technologiques et leur démocratisation ont entraîné une augmentation, inédite dans l’histoire, des émetteurs de contenus. Tout le monde, ou presque, est aujourd’hui en mesure de diffuser à la terre entière une photo, une vidéo, un texte. Ils ont également provoqué une accélération de la vitesse de diffusion. Bon nombre des grands événements des dernières années ont été répercutés en direct sur les réseaux sociaux.

La question est : et nous dans tout cela ? Faut-il répercuter une information au même rythme que les réseaux sociaux et donc sans faire notre travail de journaliste qui est, au minimum, de recouper et de contextualiser les faits ? Faut-il, au contraire, prendre le temps de bien faire notre métier au risque de n’être pas vus ou pas entendus parce qu’ « en retard » sur l’info ?

Illustration… En plein cœur de l’été, deux jeunes animateurs d’une plaine de vacances sont happés par un train à Haversin. Le drame se déroule peu après 17h. Dans un premier temps, toute la presse annonce que les faits ont eu lieu en présence des jeunes enfants dont ils avaient la garde, voire même que les enfants ont, eux aussi, traversé sur les voies.

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Toute la presse, sauf nous. Pas parce qu’on est meilleur que les autres mais parce qu’on était en retard sur l’info, tout simplement. Nos confrères ont relayé, un peu trop rapidement, une information qui, par ailleurs, venait d’une source officielle. Les réseaux sociaux se sont emballés, les parents endeuillés ont même été obligés de réagir pour défendre la conscience professionnelle de leurs enfants, bref, pendant deux petites heures, il n’est plus question que de ce groupe d’enfants qui a assisté à la scène voire qui a été mis en danger par des animateurs inconscients. En réalité, au moment du drame, les enfants sont rentrés chez eux. Les deux victimes ne sont plus en compagnie que du reste du groupe des animateurs. Quand la source officielle parlait d’enfants, il fallait comprendre « animateurs âgés de 17 à 20 ans ». Toute la presse rectifiera plus ou moins rapidement.

La vitesse de diffusion n’est malheureusement pas notre seul problème. Il faut aussi capter les gens suffisamment longtemps pour pouvoir leur proposer une information complexe et documentée. Quand nous étions enfants, nos parents regardaient tout le JT assis devant le téléviseur. Il n’était pas question de faire ou de dire quelque chose pendant la grand-messe de Jacques Bredael. Aujourd’hui, devenus adultes, nous ne regardons jamais la télévision comme ils le faisaient à l’époque (ils font toujours comme ça mais c’est une autre histoire, probablement de génération, ça fera l’objet d’un autre article). Aujourd’hui, quand nous regardons le JT, c’est avec le smartphone et Twitter sur les genoux. Dès qu’un sujet nous ennuie, notre attention est immédiatement captée par une autre info, donnée par un autre média. Il arrive même, honte sur nous, de ne relever les yeux qu’au moment de la météo.

Alors que faire ? Ne proposer que des sujets « faciles », qui plaisent pour garder les téléspectateurs devant notre JT ou sur notre site Internet ? N’écrire des articles qui vont faire du clic ? On en tire les conclusions qu’on veut sur la nature humaine mais force est de constater qu’un article purement factuel sur un accident de la route est dix fois, vingt fois plus lu qu’un article d’analyse.

La preuve. Voici les statistiques de deux articles publiés sur notre site Internet. Le premier a demandé à la journaliste un coup de fil aux pompiers de Marche (plus un à la zone Dinaphi pour m’entendre dire que c’était Marche qui était intervenu) et sept minutes de rédaction. Pour le second, la journaliste a passé la soirée au conseil communal de Dinant (ça ne finit jamais tôt), un peu de réflexion pour trouver un angle attractif pour présenter le budget du CPAS, une discussion téléphonique avec l’école de devoir et une petite demi-heure de rédaction. Maintenant, regardez les statistiques (le nombre de « clics » est repris dans la dernière colonne) :

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Si on considère les chiffres bruts et l’information comme un simple produit comme les autres, le choix est donc vite fait. Mais est-il pour autant le bon ? Sommes-nous encore pertinents si nous nous limitons à ce qui plaît, ce qui flatte l’internaute dans le sens bien souvent de la médiocrité ? Nous disons cela sans porter aucun jugement, nous vous avons avoué notre manque de concentration récurrent devant les journaux télévisés.

D’un autre côté, n’écrire que des sujets ardus que personne ne lit, ne produire que des reportages complexes que personne ne regarde, est-ce que cela à plus de sens ?

Dans la vitesse de diffusion comme dans le choix du sujet et de l’angle par lequel il est traité, à Matélé, nous naviguons, tant bien que mal, entre les deux extrêmes que je vous ai exposés. Nous essayons de ne pas confondre vitesse et précipitation mais en étant très fiers quand nous sommes les premiers sans nous être fourvoyés. Nous essayons de proposer des sujets plus difficiles à côté de reportages dont nous sommes quasi certains du potentiel « cliquable », en espérant entraîner une partie de notre audience des seconds vers les premiers. Nous essayons…

Céline Sérusiaux

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