Tu veux voir mon mojo?

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Austin Powers avait le mojo. Un autre mojo.

Mojo pour « Mobile journalism »: ces quatre lettres symbolisent depuis peu une sorte de saint-graal du journalisme. Les conventions Mojo se multiplient et attirent des milliers de journalistes à travers le monde. Les rédactions forment leurs reporters. De quoi s’agit-il? Rien de révolutionnaire en apparence. Et pourtant.

Pour faire court, le journaliste mobile est celui qui peut produire son contenu directement du terrain sans repasser par la rédaction. Ses outils sont le laptop, le smartphone, la tablette, le smartphone, la caméra digitale, le smartphone. Surtout le smartphone donc. Les mojos les plus expérimentés peuvent produire des billets radio, des séquences télé, des articles, des galeries photos, des tweets, des directs sur Facebook, Periscope ou YouTube, des « stories » sur Snapchat, le tout sans lever le nez de leur iPhone, le roi incontesté des outils appréciés par la génération « mojo ».

Il s’agit donc de pouvoir produire plus vite sur tous types de supports. Produire plus, plus vite. Première évidence: le journalisme n’échappe pas à la course à la rentabilité. Mais ce phénomène serait un peu court si on s’arrêtait à ce constat.

A la rédaction de Matélé, cela fait à peu près un an qu’on est intrigué par la culture « mojo » mise en place par les précurseurs.

Prenons un exemple: à la télé régionale suisse Léman Bleu, ils tournent la quasi totalité de leur reportages qui passent au JT avec des iPhones. Gain de temps, diminution de l’encombrement, économie d’achats… Mais pas seulement.

Laurent Keller, le directeur de Léman Bleu, nous a expliqué que l’approche iPhone oblige les reporters à être plus proche physiquement de l’action, « plus intimes avec leur sujet » comme il dit, qu’elle enlève la barrière intimidante du gros micro ou de la grosse caméra pour les interlocuteurs, et a comme libéré la créativité des journalistes dans leur couverture de l’actualité. Bref, que du bonheur! Ce discours, que nous avons entendu pour la première fois aux Entretiens de l’Observatoire du Webjournalisme de Metz, nous a fortement séduit. On a eu envie d’aller plus loin.

Un journaliste de la rédaction s’est alors rendu dans la plus grande convention Mojo européenne: Mojocon à Dublin. 600 journalistes viennent écouter les gourous de la BBC, d’Al-Jazeera, du New York Times, pour ne citer que les plus prestigieux. Il est revenu avec des idées plein… l’iPad.

Nous avons pris deux soirées, avec tout le personnel de Matélé, journalistes, cadreurs, techniciens, commerciale, secrétaire, directeur, pour voyager dans cet univers Mojo, d’une vidéo à l’autre, d’une expérience 360° dans un avion à un direct d’une scène de catastrophe naturelle. Nous avons été impressionnés. Interpellés. Enthousiastes. Inquiets.

Nous avons retroussé nos manches. Une délégation s’est rendue au Léman Bleu et a réalisé son premier reportage tourné à l’iPhone (diffusé le jour-même sur la télé suisse, pour la petite histoire)… Un débat politique enregistré sur notre plateau a été filmé aussi avec une caméra 360° sous la houlette de Damien Van Achter, le leader du journalisme expérimental depuis deux décennies.

L’enthousiasme devenait contagieux.

La rédaction a décidé de se former au tourner-monter sur iPhone. Nous avons acheté 5 kits (iPhone 6, pied, projecteur, micro). Nicolas Becquet, formateur à AJPro et manager numérique à L’Echo a été notre gourou.

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Découverte d’un kit par la rédaction (photo N.Becquet)

Les résultats ne figureront pas dans les annales du journalisme, soyons honnêtes. Deux jours de formation pour apprendre à filmer, à monter et à faire du direct avec un iPhone: c’était intense, passionnant et…brouillon!

Puis nous avons commencé timidement à faire du « mojo ». Timidement parce que le premier sujet, un important procès d’assises, a fait l’objet d’une couverture « double »: caméra classique + iPhone. Il ne s’agissait pourtant que de faire un face-cam de résumé pour le JT! Mais on n’est jamais trop prudent… Expérience concluante malgré des tâtonnements certains et des sourires en coin des avocats (« Vous n’avez plus d’argent dans les télés locales? »)

Etape suivante: le reportage sans « doublure ». Pas de grosse caméra « au cas où ». Pas encore 100% mojo, puisqu’on monte encore sur nos bancs, mais on avance. Le sujet: l’ouverture des soldes d’été. Résultat: une catastrophe intégrale: toutes les séquences désynchronisées dans Adobe Première. Consultation intense des forums et un verdict sans appel. Les vidéos tournées sur Apple ont un frame rate fluctuant. Pas vraiment 25 images/seconde (le standard pour l’antenne), plutôt 24,57 ou 25,03. C’est typique Apple, paraît. Et non seulement sur l’application vidéo native mais aussi sur l’application recommandée par tous les pros (et notre collègue explorateur dublinois): Filmicpro. Le sujet n’a pas été achevé à temps. Il n’a jamais été achevé du tout, en fait.

Cela nous amène à pouvoir prodiguer notre premier conseil #mojo : utilisez le transcodeur Handbrake. (Ça y est, on est des spécialistes, on donne des conseils). Handbrake convertit tous les formats, il est gratuit, il est efficace, il ne compresse pas.

Mais quelle déception! On voulait de la facilité, et voilà qu’on ajoute une étape dans la production! Bon, alors on a fait autre chose. On a tenté l’immersion totale, le one-way ticket, on a largué toutes les amarres. Bref on a fait du 100% mojo sur la foire agricole de Libramont (200.000 visiteurs). Un iPhone, et c’est tout. Un iPhone pour filmer et monter de courtes vidéos pour les réseaux sociaux, pour rédiger des petits billets, pour faire des galeries photo avec des filtres sympas.

Simple, efficace: en quatre jours, un journaliste a édité 16 vidéos, de 16 secondes à 1min21. La vidéo sur le lauréat du plus beau taureau a été vue 15.000 fois sur Facebook.

Cette première expérience sans filet nous a amené à opérer une refonte totale de notre kit iPhone. Au lieu d’un trépied, d’un shoulderpod, d’une entrée son iRig, d’un micro XLR, d’une minette (petit projo Led), un petit micro-cravate Röde et n’importe quel selfie-stick ont suffi à assurer la couverture de cette grosse foire commerciale. La perche à selfie permet même de faire des mouvements de traveling vertical assez sympas, et est très utile pour filmer ou photographier en cas d’attroupement. Bonus: c’est moins encombrant, moins lourd, mois cher. On est habitué au matos lourd: nos réflexes de « journalistes télé » ont la vie dure. Un objectif grand-angle Alloclip a été ajouté depuis lors: dans certains cas, le manque de recul dans les endroits confinés (cabines de tracteurs, box pour animaux…) s’est avéré gênant pour les interviews.

 

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A gauche, le « full kit ». A droite, le kit simplifié.

La prochaine étape est celle d’une certaine « décontraction » dans notre approche journalistique. Pour proposer des formats moins figés, moins classiques, plus proches de l’expérience personnelle des utilisateurs des réseaux sociaux, les journalistes de Matélé vont essayer de faire vivre leurs reportages, d’embarquer véritablement l’audience de notre média. Ce sera pour un prochain épisode…

Diederick Legrain

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