Avènement du web : et si on se passait de la télé ?

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Quand on s’appelle Matélé et qu’on fait de la télévision depuis 40 ans, quel meilleur moyen de surprendre nos téléspectateurs, quel meilleur signal de rupture à envoyer que de ne plus faire de télé ? C’est le pari que nous avons pris en lançant l’opération #tousàtable.

Au départ, l’idée a surgi, incongrue, radicale, une sorte de « Bye bye matélé », un geste aux allures d’auto-sabordage. Puisque la consommation de news migre vers les réseaux sociaux, allons jusqu’au bout de la logique et faisons une journée de Matélé sans télé, une journée 100% web.

L’expérience du Spiegel, un magazine de presse écrite allemand, qui a couvert l’arrivée des migrants avec une couverture sous format « video-blog », nous a tapé dans l’œil.

Une idée lancée comme ça, dans une discussion « and what if… » La boutade initiale a fait son chemin malgré tout. Car c’est tentant, de marquer une rupture. Mais à condition de ne pas faire n’importe quoi. Deux principes ont rapidement émergé dans la genèse de ce qui est devenu un des plus gros projets de l’histoire de Matélé : définir un thème d’information pour cette journée sans télé, et…ouvrir l’antenne malgré tout.

  1. Le thème s’est imposé assez vite : l’alimentation. C’est fécond, l’alimentation. Cela correspond à l’ADN d’une télé locale, d’informer et d’éduquer sur les habitudes alimentaires, les modes de production locale, le terroir… Et puis c’est trendy : entre le film « Demain », le foodporn d’Instagram, les blogueurs culinaires, les télés-réalités, tous les indicateurs sont au vert pour nous dire : foncez !

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    Le « foodporn », phénomène typique Instagram
  2. Que faire de la télé ? L’option « on met la mire » et on mise tout sur Facebook & co était drôlement tentante, mais revenait aussi à priver nos plus vieux et plus fidèles téléspectateurs d’une journée interpellante. Alors on est tombé sur ce compromis : on va faire de la télé qui ne ressemble pas à de la télé. On va faire de la « slow TV » avec des gens qui n’ont jamais fait de télé : des étudiants (en journalisme, quand même). On leur donne l’antenne avec pour mission de commenter ce qui se passe sur le web. Mais sans les codes d’une émission classique, sans séquences à envoyer, sans invités de plateau. On garde encore un peu le mystère sur ce que nous ferons mais ce sera encore plus déroutant qu’une mire, pour le téléspectateur moyen qui branche sa télé à 18h pour avoir les infos locales !

Voilà pour les deux options de base, en gros. Bon, et la suite ? Voici notre raisonnement (fort résumé car cela a pris des semaines). Nous nous sommes fait la réflexion suivante : si on veut faire une journée 100% web, il faut produire du contenu… web-friendly. Logique. D’où les choix suivants :

  1. Ne SURTOUT PAS se contenter de diffuser des reportages télé sur notre site web en se disant « on fait du web » ;
  2. Et aussi ne SURTOUT PAS perdre de vue la formidable capacité collaborative du 2.0 : et donc abandonner le monopole de la caméra et faire participer notre audience à l’expérience.

Partant de là, on a vite fait le constat qu’on avait beau aimer faire du web, il nous manquait une stratégie et des connaissances. Patrick Severin, d’Instant Productions (auteur du webdoc « Salauds de pauvres », entre autres), a été choisi pour nous accompagner dans ce long processus de transformer notre intuition initiale en un projet élaboré.

Le nom #tousàtable pour sa convivialité, le concept d’auberges espagnoles à la fois IRL (in real life) et virtuelles, l’envie d’être interconnectés de manière décontractée nous ont poussé à créer un groupe Facebook dédié à l’expérience plutôt que travailler à partir de notre fan-page officielle. Un groupe Facebook favorise très nettement les contributions extérieures et les échanges par rapport à une fan-page. La communication peut aussi être plus personnelle et familière : le personnel de Matélé (pas seulement les journalistes) commentent et répondent sous leur nom propre et non sous la marque Matélé. Le groupe a connu rapidement du succès : en quelques semaines, on a atteint 730 membres. Ce groupe Facebook sera le véhicule principal de l’opération #tousàtable. Les contributions des membres font déjà l’objet d’articles sur des thèmes aussi divers que le budget alimentation dans un ménage, les pistes pour manger local, les guides gastronomiques, les prix des cantines scolaires, un voyage culinaire à Atlanta, etc.

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Le jour de #tousàtable ne se limitera pas à des directs sur les 30 auberges espagnoles et sur les produits locaux : il y aura aussi d’autres contenus développés à la fois par la rédaction et par les étudiants contributeurs du Bondy Blog (IHECS).

Les contenus sont étudiés pour explorer les possibilités du web : short Facebook videos sur des recettes, débat Live entre un agriculteur et un eurodéputé, visite virtuelle de la brasserie de l’abbaye de Rochefort, tutoriels décalés sur la cuisine sauvage, long story à lire en scroling, etc. etc.

Ces contenus seront diffusés prioritairement sur nos réseaux Facebook, YouTube, Instagram, Twitter. Un storify intégré à notre site web, totalement rafraîchi pour l’occasion, intégrera tous nos contenus, mais l’essentiel de la diffusion se fera sur les réseaux.

Un pari, une aventure même, en tout cas un beau projet numérique qui va nous permettre d’avancer sur le chemin du journalisme digital et de la collaboration avec notre audience. Une aventure que nous voulons partager avec vous et pour laquelle nous espérons avoir vos avis/remarques/conseils ! Merci d’avance !

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